TRESOR
Publié le 10 novembre 2009 par Bordeaux Plus
Catégorie Les rencontres de Bordeaux Plus
C’est le dernier film du grand réalisateur et producteur Claude BERRI décédé une semaine après le début du tournage. L’œuvre posthume a été achevé par François DUPEYRON, qui le secondait depuis la mise en route du projet.
Rencontre avec…
Alain Chabat
Mathilde Seigner
Interview : Luce Tornier
Genre : Comédie
Durée : 1h25
L’histoire : Un chien s’immisce dans le quotidien d’un couple. Entre elle et l’animal, un adorable bulldog anglais, s’installe une relation fusionnelle.
Notes de Bordeaux Plus : Après de grandes adaptations comme JEAN DE FLORETTE, URANUS ou GERMINAL, les années 2000 auront été pour Claude Berri un retour aux films plus intimistes. LA DEBANDADE, L’UN PART, L’AUTRE RESTE, et TRESOR, démontrent sa volonté de puiser dans l’intimité de sa vie conjugale. Le caractère autobiographique de cette comédie est interprété par Alain Chabat et Mathilde Seigner, quant au chien, il ne manque pas de charisme. Derrière les sourires, les attendrissements, TRÉSOR évoque la remise en question au sein d’un couple, suite à l’arrivée d’un troisième “compagnon.”

Alain Chabat
Les chiens ça vous connaît ?
“Normalement, dans tous mes films comme réalisateur, il y a un chien ! Le dresseur de Trésor et de Didier est un super embrouilleur. À chaque fois, il me dit : il faut mettre un chien dans un film, ça fait pas riche, et moi de lui répondre : ça te rend riche, ça fait pas riche ! Et le c.. que je suis, à finir par le croire, mais je travaille bien avec lui !”
Ce film au départ c’était Yvan Attal, qui pour des problèmes de santé s’est désisté. Vous avez accepté parce que c’était Claude Berri ?
“Oui, j’étais entrain d’écrire et je n’avais pas du tout prévu de tourner quoi que ce soit avant mon film, en fait. En plus, j’étais content de tourner avec lui. Je l’avais déjà vu au travail, comment il monte un film, comment il pouvait être aidé, et puis sa façon d’être producteur. Moi, il me faisait rire, c’est un mec très drôle, assez garnement, brillant, intelligent sur plein de sujets financiers évidemment. Il avait un espèce d’enthousiasme, c’est malheureusement quelque chose qui se perd, c’est juste un truc de c……. qui se perdent.”
Que retenez-vous du film ?
“Si on attend une grosse comédie, pour se poiler ce n’est pas ça. Comme me disait Mathilde, si c’est Yvan et moi, ce n’est pas la même affiche.
On attend une comédie plus tendre avec une tranche de vie. Avec toi, c’est une histoire de couple, ce chien qui arrive entre eux. Moi, le l’ai vu avec des yeux un petit peu mélancoliques, vu notre relation. Les films de Claude Berri, quand ce sont des comédies, ont toujours de purs moments de comédie, et il y a aussi du blues dedans. Un moment de sa vie qu’il avait envie de raconter, des situations qu’il a vécues avec Nathalie Rheims (qui m’a aidé un peu sur le tournage), et que l’on joue nous. Je porte ses chemises de nuit (rire), j’étais perturbé, je disais : je ne veux pas mettre ça, je ne peux pas dormir là-dedans !”
Tourner ainsi une partie de sa vie n’est pas évident, vous vous appréciez mutuellement ?
“C’est étrange, au début du film c’était joyeux. Je lui posais des questions sur la mécanique du personnage, concernant le chien, je lui disais fous-le par la fenêtre… Il me répondait : il est si mignon, quand même ! Et, il aime sa femme, il était fou d’amour pour elle ! J’ai été étonné quand il est mort, parce que je l’ai trouvé joyeux, avec la patate, l’envie de déconner était là. Pour le coup, je me disais c’est chouette, ce truc-là va lui redonner une dose d’énergie, et il va repartir pour un moment.”
Vous avez été partagé : continuer, arrêter ?
“Ouais, au début cela a été flou, puis très vite. Nathalie et la production voulaient continuer, parce que c’était le film que Claude désirait, et toute l’équipe, composée des fidèles de Claude, voulait continuer son film.”
Nathalie dit que vous êtes drôle, adorable… Claude Berri en vous voyant avec Mathilde : c’est drôle, on dirait qu’ils jouent ensemble depuis toujours ! Le mécanisme a pris tout de suite ?
“Mathilde cache bien ses fragilités. C’est quelqu’un de très sensible, elle a redonné énormément la pêche à toute l’équipe. En plus super franchement, elle nous disait : je suis triste, mais pas effondrée comme vous. C’est honnête de dire ça ! Dans le boulot, elle est super adorable, simple, elle joue les scènes sans se prendre la tête, pour elle tout vient naturellement, c’est super. Au moins on partage ce truc-là : on réfléchit peu. Elle ne joue pas la scène, elle la vit. Quand elle dit : je ne bosse pas mon personnage, je ne fous rien ! Elle le déguise ainsi, on sait que ce n’est pas vrai, j’aime bien cette pudeur, ça me plaît beaucoup. Concernant son franc-parler ; elle dit souvent : il faut que j’apprenne à fermer ma gueule !”
Si les français adorent Mathilde Seigner, c’est pour son côté nature…
Et nature, elle l’est assurément !
Mathilde SEIGNER
Le film s’inspire du propre vécu du couple Claude Berri Nathalie Rheims, avez-vous un chien ?
“Non, et je n’en aurai jamais. C’est trop astreignant. J’ai eu un enfant, ça m’a suffi, c’est tellement épuisant un nouveau né ! Aucune femme ne vous le dira parce que c’est tabou, mais c’est épouvantable les premières années d’un bébé. Moi j’ai eu envie de… pas de le congeler, mais bon ! J’ai détesté le nouveau-né.”
À ce point ?
“Mais je vous demande, pourquoi mettre un être humain au monde sur cette pauvre planète malade qui n’a aucun intérêt ? Je trouve que ce monde n’a aucun intérêt. J’ai même du mal à comprendre pourquoi ça pond autant ! Ça me dégoûte.”
Vous n’êtes pas gaga devant votre fils ?
“Je l’adore, mais je ne suis pas gaga. Ce n’est pas ma nature. Mais je suis fan de mon gosse car je le trouve plus rigolo que les autres et plus beau. Mais je l’ai longtemps trouvé laid, j’étais inquiète. Jusqu’à il y a un an, il était moche ! Mais maintenant il est devenu très beau. Vraiment, objectivement. Il a deux ans et demi. Il a de beaux yeux, de longs cils.”
Avez-vous déjà réfléchi à ce qu’il penserait de votre métier plus tard ?
“C’est une bonne question mais je n’y ai pas encore pensé. Je sais que c’est impossible, mais j’aimerais bien qu’il ne fasse pas ce métier parce que je n’aime pas le milieu du cinéma. J’en vis très bien, mais c’est quand même très dur. Mais je ne l’empêcherais pas.”
Revenons au film, qu’est-ce qui vous a séduit dans TRESOR ?
“Je l’ai fait pour Claude Berri, j’adore aussi Nathalie Rheims, et quand on m’a dit qu’il y avait Chabat, j’ai dit : rêve absolu. Mais je vous avoue que j’y suis un peu allée à l’aveugle.”
Le décès subi de Claude Berri a été un véritable choc ?
“C’était bizarre, mais moi j’étais moins affectée que les autres, car je le connaissais peu. Je ne vais pas vous mentir, mais j’étais plus triste pour les autres. Il est décédé au bout d’une semaine.”
Est-ce qu’il vous est arrivé que votre entourage ou la production vous demande “d’être moins spontanée” pendant la promotion des films ?
“Tous les jours, toutes les minutes, toutes les secondes ! Mais je dis ce que les gens ne disent jamais, et je ne vois pas pourquoi je ne serais pas juste. Il y a Lanvin qui l’ouvre et moi.”
Michel Serrault avec qui vous avez tourné UNE HIRONDELLE A FAIT LE PRINTEMPS n’était pas mal lui aussi !
“Oh ! Oui ! Alors lui, c’était grave !”











