L’AUTRE DUMAS

Publié le 9 février 2010 par Bordeaux Plus  
Catégorie Les rencontres de Bordeaux Plus

Rencontre avec…

deux monstres sacrés du cinéma

Gérard Depardieu

Benoît Poelvoorde

 

réunis dans une comédie dramatique mettant en scène l’auteur et son alter-ego invisible dans la part exacte de chacun dans cette immense réussite littéraire.

 


 

 

 le nouveau film de Safy NEBBOU

  

   Interview : Luce Tornier  


Après Le Cou de la Girafe en 2004, puis L’empreinte en 2008, le réalisateur bayonnais Safy Nebbou, pour incarner ces deux légendes, n’a pas fait les choses à moitié en réunissant ce tandem de choc.  Signalons que le réalisateur semble féru de ce genre de choc de comédiens, dans son précédent film L’empreinte de l’ange, c’est Catherine Frot et Sandrine Bonnaire qui s’affrontaient dans un duel impitoyable. Très librement adapté de la pièce de théâtre “Signé Dumas” (2003) qui a eu un grand succès à l’époque, Safy Nebbou a coécrit le film avec Gilles Taurand, un de nos plus grands scénaristes. Depardieu incarne l’auteur (officiel) des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, Poelvoorde endosse lui la froque de Marquet. Un film historique qui revient sur la relation entre l’écrivain et son nègre. Leur collaboration est mise en danger lorsque par un concours de circonstances, Maquet se fait passer pour Dumas afin de séduire Charlotte (Mélanie Thierry), jeune admiratrice de l’écrivain. Le ton et le style rappellent irrésistiblement le style de Dumas lui-même… Légèreté, désinvolture, L’Autre Dumas nous fait découvrir les coulisses de la grande Histoire littéraire. Autre beau tandem de charme, féminin cette fois, Dominique Blanc et Catherine Mouchet, complètent avantageusement ce casting.

Gérard Depardieu :
Imposture littéraire dans un contexte historique mouvementé, rien, du début du projet à sa réalisation, n’a jamais orienté le film vers une notion de biopic. Que pensez-vous de ce jeune réalisateur qui vous a dirigé ?
“D’abord, il faut savoir que c’est un film de commande et qu’il en a fait quelque chose de merveilleux. Il est parti d’une histoire pas forcément fidèle à la réalité, mais qui devient la vie, la réalité. Il est très doué, à mon époque, il y avait des gens comme Georges Lautner, Jean-François Leterrier.”

Dumas et Maquet vivent une histoire d’amour en quelque sorte ?

“C’est vrai, ces deux hommes qui n’ont rien à voir ensemble vivent une histoire d’amour. Dumas et Maquet, indépendamment de leur sexualité ont une admiration l’un envers l’autre qui est magnifique. Leurs vies,
tellement différentes, reposaient sur une attraction mutuelle. C’est un amour bien plus magnifique que certaines autres histoires plus conventionnelles.”

Votre partenaire dans L’autre Dumas, Dominique Blanc, rêve de vous mettre en scène dans un Shakespeare ?
“Dominique je l’adore et je pense que s’il y a quelque chose à faire je le ferai. J’aime les femmes au théâtre parce que la plupart du temps ce sont des abrutis, des cons, comme Chéreau. Et puis Shakespeare est le seul auteur qui parle de ce qui est intéressant : le pouvoir. Moi, j’ai bien la volonté de ne pas connaître les auteurs. Le drame dans tous ces dramaturges à la con, c’est qu’ils pensent connaître les auteurs, alors que c’est faux. De Shakespeare à Molière, Marivaux, Musset, Pessoa, Peter Handke : personne ne les connaît vraiment et heureusement !”

Vous jouez un personnage qui flirte avec la mort, ça vous est familier ?
“C’est l’ABC de la personnalité et de la vie. Il faut même aller titiller la mort. Un mec comme Dumas joue avec la mort.”

Y a-t-il des gens que vous avez beaucoup admirés dans votre parcours ?

“Bien sûr et on a besoin d’admirer. J’ai admiré Barbara, Marguerite Duras. J’ai eu de la chance. Barbara je ne l’ai jamais prise en flagrant délit de connerie, Marguerite Duras je l’ai parfois prise en flagrant délit de mégalomanie, mais jamais de connerie.”

Et dans les cinéastes, Sautet, par exemple ?
“Sautet, c’était un auteur, c’était autre chose. Et je pense qu’on y reviendra… T’as raison parce que c’est vrai que c’est beau. Mais ce qu’il faut que tu marques absolument dans ton papier, c’est que le cinéma n’est pas forcément la transcription d’une réalité. Surtout maintenant qu’il y a ‘24 heures chrono’ ! Mais l’identité du cinéma européen, c’est de montrer notre histoire à travers le monde. Ça nous amène un flux d’émotion. On peut s’identifier aux héros. Moi je m’identifie à Robert Mitchum dans La nuit du chasseur, à Michel Simon dans L’atalante ou à E.T.”

Pour ce déjeuner au Fouquet’s, vous avez amené un de vos vins blanc pétillant que l’on apprécie d’ailleurs, vous ne faites confiance qu’à vos produits ?
(Rire) “C’est un brut de Loire. Le champagne n’a pas le monopole des bulles. J’en fais avec un chardonnay et un chenin. J’ai fait 15.000 et je vais en tirer 100.000. J’en ai du rosé. Regarde la beauté de cette bouteille !”

 

Benoît Poelvoorde :
Benoît, vous avez quitté votre dimension comique, c’est la première fois qu’on vous voit aussi rétracté dans un rôle ?
“Oui, ça c’était une idée de Safy. Au départ, j’hésitais parce que je savais que ça avait déjà été joué au théâtre, et ça m’embêtait qu’ils n’aient pas redonné le rôle à Thierry Frémont que j’adore. Mais finalement, ça n’a rien à voir avec la pièce, et Safy avait l’intention de faire un film avec moi parce qu’il appréciait ce que je faisais, mais aussi parce qu’il voulait me donner un rôle dans lequel je parlais peu. Pendant le tournage, Safy m’enlevait systématiquement tout, pas seulement dans les silences, mais il me disait aussi de ne penser à rien, alors je pensais à un rôti. Et même quand je lui disais que j’étais un rôti, il me disait d’en faire encore moins.” (rires)

Un rôti amoureux, alors…
(Rires) “Oui, c’est vrai. Pourtant, c’était moins compliqué quand j’étais avec Mélanie (ndr – Thierry) avec qui j’avais moins de contacts qu’avec Gérard. Ça ne me coûtait rien de me taire avec elle, alors qu’avec Gérard, c’est beaucoup plus compliqué parce qu’on rigolait beaucoup, et qu’il fallait que je me taise.”

C’est le potentiel tragique de ce personnage qui vous a fait accepter ce rôle ?
“J’ai toujours aimé les obscurs, car c’est difficile d’accepter tellement d’humiliations, donc c’est un personnage qui me touchait. Ensuite, il y avait l’envie de tourner avec Gérard. Je savais qu’il allait être charismatique dans ce rôle, et que ça allait être une gageure pour moi que de ne pas prendre la parole (rire). Avec le silence, on peut faire passer tellement de choses, comme chez un psy. En tant qu’acteur, on est toujours sollicité à parler, alors pour une fois que je pouvais faire un rôti (rires). Au début des lectures avec Safy, j’avais tendance à trop crisper le personnage en montant trop haut et ça a été la seule difficulté des premiers jours.”

Le film est aussi l’occasion de partager votre couple avec Catherine Mouchet ?

“Oui, c’est la deuxième fois que je tourne avec elle, et je l’adore. Elle est pleine de poésie et sur une autre planète, mais c’est une partenaire étonnante, parce que tu ne sais jamais ce qu’elle va dire et comment elle va réagir. Elle ne s’ennuie jamais et ne montre jamais aucun signe d’embarras ou de lassitude. En plus, elle a une vision très singulière et personnelle des choses, donc c’était assez intéressant de partager avec elle. Souvent, quand tu es acteur, ça te permet d’attendre avec les autres acteurs plus que de jouer avec eux. Et là, avec Catherine, seuls dans une calèche, on a pu discuter de peinture comme de musique.”

Et on parle de quoi avec Depardieu sur un tournage ?
(Rire) “On parle de tout parce c’est une encyclopédie du bien vivre. Avec Gérard, tu peux parler de la viande de porc, de comment cuire un cochon de lait et ensuite, passer au marbre de Carrare et au vin. Je ne connais pas un sujet sur lequel il ne puisse par parler, car il s’intéresse à tout, et s’amuse de tout. Après, ensemble on tombe facilement dans le régressif et le pipi-caca. D’ailleurs, il pète toujours avec autant d’énergie sur les plateaux mais je prends ça comme une mise en confiance. Il fait ça avec une certaine bravoure, un certain panache, et je dois avouer qu’il n’est pas avare. C’est assez difficile de garder son sérieux avec lui, alors que j’ai déjà tourné avec des gens qui me font beaucoup rire comme José Garcia. En tout cas, avec un de ses pets silencieux, j’ai vu Gérard faire sortir un plateau complet malgré des plafonds de quatre mètres. Je vous laisse imaginer la lourdeur du gaz. On accuse souvent la bouse de vache mais là…”

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