LE BRUIT DES GLAÇONS (Sortie le 25 août)
Publié le 15 juillet 2010 par Bordeaux Plus
Catégorie Les rencontres de Bordeaux Plus
Rencontre avec…
Bertrand Blier qui a écrit et réalisé
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et l’acteur Jean Dujardin
Interview : Luce Tornier
Après COMBIEN TU M’AIMES ? (2005), le cinéaste fait preuve d’audace avec ce nouveau film qui s’intéresse à un écrivain porté sur la boisson, visité par son cancer à l’apparence humaine. Sujet grave, ambiance joyeuse, faire rire, faire peur, Blier revient avec une nouvelle comédie grinçante, comme il sait le faire depuis quarante ans.
Comment avez-vous formé ce duo Dujardin-Dupontel ? Avez-vous pensé aux deux acteurs en même temps ?
Bertrand Blier : "Au début, je suis allé voir Jean, parce qu’il est le héros, mais j’avais l’idée d’Albert avec qui j’étais déjà copain depuis quelques années, parce qu’on avait tourné ensemble (ndr – LES ACTEURS) et ça a été vite une évidence. Ça n’a pas été facile à organiser pour des problèmes de dates et de disponibilités, mais Jean et moi, on s’est tout de suite dit que si quelqu’un devait jouer le cancer, c’était Albert. Albert est inquiétant, quand on déjeune avec lui en tête-à-tête, il est sympa mais d’un coup il y a un silence, et on a beau être son ami, on a peur en voyant ce regard. Je prends toujours les meilleurs, j’essaye en tout cas. Pour Jean, c’est un acteur fabuleux et je suis un amateur de BRICE DE NICE. On se dit au départ que c’est un film pour les enfants, d’ailleurs je l’ai vu avec ma fille, mais je me suis autant marré qu’elle. C’est quelque chose de très difficile à faire et on voit en lui un vrai successeur de Belmondo."
Le sujet est assez sérieux, mais même si votre ton est toujours le même, on ne tombe jamais dans le cynisme…
"C’est le sujet qui veut ça. Quand on parle de la mort, du cancer, il faut un peu de tenue. On a perdu des gens qu’on aimait avec ça, et il y a des veuves, donc c’est important. Si je faisais un film sur le foot, j’irai à fond, mais avec ce sujet, la moindre des choses, c’est de se tenir."
Le film a été difficile à monter malgré votre nom et celui de comédiens bankable.
"Oui, ça a été très dur à monter, mais beaucoup moins que BUFFET FROID à son époque par exemple. Au final, le film est fait, donc il a été financé, et ce, parce qu’on est en France, merde (sourire). Je revendique le fait d’être français, à tous les points de vue, mais en tant que cinéaste parce que je suis au Paradis du Cinéma, et que nous avons la plus grande liberté au monde. En France, on a des difficultés à monter un film, mais une fois qu’on le fait, on en est le maître. Enfin presque toujours… Qui peut se vanter de ça à part quelques metteurs en scène subventionnés comme l’était Bergman, ou comme le sont encore certains chinois ! C’est quelque chose que les américains n’ont pas, même si ça ne les empêche pas de faire des films formidables. Ce côté français est très important pour moi, et je m’en suis aperçu quand j’allais présenter mes films à l’étranger, alors que chez nous, on n’y pense pas. C’est quelque chose qui n’a pas l’air de bouleverser nos footballeurs actuellement mais nous, artistes, oui."
Vous dites avoir pensé à David Lynch pour la première scène du film. En quoi vous a-t-il inspiré ?
"C’est un des rares qu’on admire, car il n’y en a pas tellement, et qu’il faut bien s’inspirer de quelqu’un. Il y a Almodovar, qui n’est pas toujours en forme, mais qui a fait des chefs-d’œuvre extraordinaires, il y a Wong Kar Wai et l’école asiatique, mais lui est représentatif de quelque chose. Chez les américains, il y a James Gray même s’il n’est pas toujours très fort sur les scénars, et il y a Lynch qui est une espèce de Godard américain. Il va jusqu’au bout de sa démarche, jusqu’au moment où il ne pourra plus faire de films parce qu’on n’y comprendra plus rien. Le dernier est sublime mais on est dans un laboratoire. Ce sont des gens qui donnent envie de faire des films, des picadors du Cinéma. Il faut s’en inspirer mais ne pas les suivre."
Vous voyez aussi votre cinéma comme un laboratoire ?
"Non, je parlais pour Lynch, moi je ne suis pas en blouse, pas du tout même, parce que le laboratoire, c’est le moment où on ne s’occupe plus du public. C’est passionnant en terme de recherche mais personne ne regarde, et c’est terrible. Il y a les pionniers qui cherchent et trouvent, et ceux qui s’en inspirent pour faire des trucs populaires. Des mecs comme les frères Coen, par exemple, s’inspirent du cinéma français et en font quelque chose d’autre."
Vous vous sentez vous-même pionnier ?
"Oui, quelque part, mais un pionnier français… donc peinard (sourire). Un film comme LES VALSEUSES n’est pas une expérience parce qu’à cinq millions d’entrées, c’est plus le Stade de France qu’un laboratoire. Seulement, il ne s’est rien passé après, tout le monde dit avoir été influencé par LES VALSEUSES, mais il me semble que je n’ai pas de fils spirituel pour autant. Il y a eu Beineix au moment de 37°2 mais sinon, je ne vois pas."
Jean DUJARDIN
Blier vous a-t-il dit ce qui l’a poussé à vous demander d’être dans son film ?
"Il ne vous en parle pas vraiment car il est très pudique. Il m’a donné des signes en me disant qu’il m’avait vu dans des films car il aime se marrer. Il m’a aussi parlé de débit, du débit de son père. Et puis, Bertrand aime les acteurs. Il est fils d’acteur, et c’est aussi pour ça qu’il aime les regarder. Il leur fait confiance, et c’est pour ça qu’il ne nous dirige pas tellement. Il faudra lui demander, mais je sais qu’il était heureux sur le tournage. Je n’avais pas l’impression de faire du cinéma, mais de faire son cinéma. C’est ce qu’on recherche dans ce métier. Même dans sa mise en scène, il ne va pas sur-découper, car c’est dans les conventions maintenant de faire des films clips. Lui prend le temps de regarder les choses, et ne prend pas le spectateur pour un con, afin qu’il puisse y voir un peu ce qu’il veut. Il n’y a pas une lumière verte qui nous dit quand on doit se marrer."
Le fait de déjà connaître Albert Dupontel a aussi dû être un avantage pour que l’ambiance soit bonne sur le plateau ?
"Oui, je connais Albert depuis LE CONVOYEUR, donc on a gagné beaucoup de temps. Albert peut être assez sauvage, mais pas sur ce film, parce qu’il respecte l’œuvre de Blier, parce qu’on s’aime beaucoup, et qu’on se voit dans des soirées extra-scolaires. Il a beau avoir un côté intellectuel, son naturel revient à chaque fois, car c’est un acteur très instinctif qui aime la déconne. Il a d’ailleurs commencé par ça, et comme moi, c’est Patrick Sébastien qui l’a découvert. Ce côté déconne revient toujours, et pour peu que tu l’arroses un peu comme lorsque je lui ai fait découvrir la Carthagène, un mou de raisin assez traître, c’est la logorrhée de vannes (rires). Vous verrez que le making-of est essentiel pour comprendre le film. On déconnait et on se permettait même de dire à Anne Alvaro que sa carrière dans le théâtre était grillée avec ce film, que Brecht, c’était terminé parce qu’on allait tourner une scène où on serait cinq dans un lit (rires)."
Votre personnage a un cancer, vous vous êtes demandé à un moment comment vous réagiriez à sa place ?
"Eh bien, je ferai comme tout le monde, j’essayerai de m’entourer, d’être fort, même si on ne peut pas savoir quand on n’en a pas. Ça devient alors un nouveau scénario, une histoire à vous. Ce thème est de toute façon malheureusement populaire, et j’ai perdu deux amis l’an dernier, à l’âge de trente-cinq ans. Dans le texte, ce n’est jamais évident de dire qu’on a le cancer, car on n’est pas en train de réciter le bottin. On ne dit pas n’importe quoi, et on a une responsabilité quand on dit ces mots. En plus, j’ai l’habitude d’être plus lumineux dans les rôles, et on me demandait ici de m’éteindre. Je devais donc aller chercher autre chose, et être sincère."
Certains vont être surpris de vous retrouver dans cet univers. Vous y pensez quand vous faites un film comme celui-ci ?
"On commence à y penser maintenant, mais quand je choisis de faire un film, je ne pense pas à ça, car j’ai envie de voir ce film en tant que spectateur. Si ça peut aider que je mette mon nom, et que ce mot bankable peut servir à quelque chose, allons-y. Pour un film comme ça, on peut faire une affichette un peu pute comme celle-ci (ndr – il montre le dossier de presse) avec les noms Dupontel et Dujardin, dans un verre, un peu à l’américaine, mais qui ne représente pas vraiment le film. On peut juste espérer que les gens viennent grâce à ça, parce qu’on leur propose."











