L’ITALIEN
Publié le 13 juillet 2010 par Bordeaux Plus
Catégorie Les rencontres de Bordeaux Plus
Rencontre avec…
Kad Merad
Le duo Kad Merad et Olivier Baroux ne peut décidément pas se séparer ! Même s’ils ne sont plus sur les routes pour présenter leurs sketchs, ils ont toujours autant de projets ensemble. Après Ce soir, je dors chez toi, et Safari, le “O” de “kad et O” repasse derrière la caméra pour…

Interview : Luce Tornier

Avec Bienvenue chez les Ch’tis, le gamin du sud représentant l’emblême de la moitié du nord de la France, Kad Merad a eu l’estime d’un vaste public, sa carrière s’est envolée et a pris le tournant tant espéré depuis de longues années. Certes, ces deux derniers mois, l’acteur était présent au cinéma, mais L’Italien est sa première comédie réussie depuis les Ch’tis !
L’histoire : la difficulté d’avoir un nom et un prénom à consonance étrangère de nos jours. Sujet sensible, certes, mais les deux humoristes ont abordé ce thème sous l’angle de la comédie. Kad Merad transformé pour l’occasion en Italien, vendeur phare de la concession Maserati de Nice à qui tout sourit : le poste de directeur lui est proposé, sa compagne veut l’épouser. Mais cette vie parfaite s’est construite sur un mensonge…
Dino s’appelle en fait Mourad Ben Saoud. S’en suivra un quiproquo bien mené dans ce parcours d’un algérien qui, par confort d’intégration, préfère se faire passer pour un rital ! La honte identitaire, pour cet acteur aux mille visages, lui permet de jouer sur la corde de l’émotion.
Nous sommes à Marseille dans le cadre du 24ème CINÉFESTIVAL 2010, le film y a été tourné en partie, c’est une région que vous appréciez ?
“Beaucoup, j’y habite d’ailleurs et je m’y fais construire une maison actuellement. En plus, en ce moment, je tourne La fille du puisatier alors !”
Vous pouvez nous en dire plus ?
“C’est le premier film en tant que réalisateur de Daniel Auteuil. C’est bien les acteurs qui réalisent, ils savent comment vous mettre en scène, comprendre sans avoir besoin de parler. Et puis il est très détendu, c’est reposant. Demain, je passe ma journée dans un vieux train. Dans la même journée, je vais partir à la guerre et en revenir blessé, c’est dingue non ?”
Vous aussi vous passez à la réalisation sans Olivier Baroux ?
“Oui, ça s’appelle Monsieur Papa. Il y a Vincent Pérez et Michèle Laroque et ça sort en mars 2011.”
Olivier Baroux dit que vous aviez d’abord refusé L’Italien ?
“Oui parce que c’était un Auvergnat dans la première version. J’avais besoin que cette comédie ait une certaine gravité. Ce film raconte l’histoire de tous ces gens qui doivent gruger pour avoir un appart ou quoi que ce soit, il leur donne la parole et ils ne l’ont pas si souvent. J’ai du mal à comprendre cette forme de rejet. J’ai des réflexes de vieil utopiste, je voudrais une planète avec une seule race.”
Vous-même vous avez souvent dû mentir ?
“Pour être honnête pas comme ça. J’ai menti à mon père parfois : il a appris, il n’y a pas si longtemps, que ma mère me filait sa GS pour que j’aille faire les courses, et que l’aile froissée, ce n’était pas un automobiliste indélicat qui n’avait pas donné son adresse !”
Né d’un père algérien et d’une mère française, je présume que vous avez ressenti des émotions particulières pendant le tournage ?
“Bien sûr. Déjà j’ai voulu que mon personnage s’appelle Mourad en souvenir de mon oncle. Il s’est tué en voiture alors qu’il rentrait des fêtes de Noël passées avec nous, il retournait vers l’Algérie. Nous l’adorions, ça a été terrible pour toute la famille. J’ai aussi retrouvé des images : je me suis souvenu de ma grand-mère, s’isolant dans une petite pièce pour prier. En fait, j’ai l’impression que ce film m’a rapproché de ma famille algérienne. Ce film est une petite loupe, il n’est pas innocent dans ma carrière. Au cours du tournage, je me sentais enrichi d’une émotion assez intéressante.”
Un rôle à tiroir, c’est difficile à jouer, qu’est-ce qui vous a donné le plus de mal ?
“De jouer l’Italien. Jouer Mourad, c’était tellement personnel, proche de moi, que j’ai vraiment eu l’impression d’être dans ma peau. Bon pour être honnête, ce n’était tout de même pas commode de bien prier, de dire les bons mots. Heureusement, j’avais un coach sur le tournage ! Si les ressorts sont comiques, le propos s’appuie bien sur une réalité. Les pizzerias de France et de Navarre sont tenues par un grand nombre de Mourad qui se font appeler Dino !” (rires).
Votre père a vu le film ?
“Il va le voir ce soir. Ça va sans doute lui faire bizarre. Mon père, 77 ans, arrive à un moment de sa vie où les émotions lui font moins peur. Il se laisse gagner par elles plus facilement. Je l’ai prévenu que le film pourrait le bouleverser. Mon personnage s’appelle Mourad, qui était aussi le prénom de son frère, mort trop tôt. Maintenant, j’ai envie de retourner en Algérie avec lui. On emmènera Khalil, mon fils, et je lui raconterai la ferme familiale.”
C’était le pied de conduire une Maserati ?
“À vrai dire, j’étais habitué : j’en ai eu une jusqu’à il y a peu. Je l’ai changée parce que ce n’était pas pratique, mais c’est vraiment de la super bagnole.”
Vous avez d’autres projets avec Olivier ?
“Ah ! Surtout pas ! J’en ai marre de le voir (rires). Si, on va faire un spectacle “Les 100 ans de Kad et Olivier”, parce que nous allons avoir cinquante ans en même temps, et puis nous allons tourner Qui a retué Pamela Rose.”
Hyperactif, vous n’avez pas envie, parfois, de mettre la pédale douce ?
“Je ne vois pas pourquoi. Tant que j’ai le moral et la force physique de le faire, j’y vais. Les choses qu’on me propose et qui me plaisent je ne vois pas pourquoi je les refuserais. Du 14 septembre à fin janvier je vais jouer “The shop around the corner” au théâtre de Paris. C’est une comédie musicale avec quinze comédiens et sept musiciens. J’adore jouer et chanter. Je reprends le rôle créé par James Stewart. Stephane Hillel est coproducteur et metteur en scène. Il va me falloir une sacrée forme physique, alors demain j’arrête de boire !!!”











